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Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

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Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

Message par Raptortriote le Ven 8 Avr - 2:04

Alexis Corbière a vu Les Visiteurs 3. Pour lui, cette comédie porte un regard méprisant sur notre histoire révolutionnaire et le peuple français :

Les grandes comédies populaires façonnent toujours plus ou moins notre imaginaire national. Sorti en 1966, vingt ans après la guerre, «La grande vadrouille» de Gérard Oury, avec Louis de Funès et Bourvil, a permis d'incarner à l'écran pour beaucoup de générations, l'image du peuple français, symbolisé par un bourgeois colérique associé à un dadais sympathique, unis et réconciliés contre l'occupant nazi et sachant se transcender malgré le danger pour libérer la France.
En 1993, Les Visiteurs 1 avait rencontré un grand succès car il mettait en scène deux moyenâgeux perdus à notre époque. Le décalage temporel, à travers leur vocabulaire anachronique et leurs attitudes inadaptées, produisait l'essentiel de l'effet comique ainsi que l'incarnation loufoque de ce qu'il reste de l'aristocratie, jouée alors par une Valérie Lemercier hilarante. C'était une farce sociale sans prétention historique.

Avec Les Visiteurs 3, Jean-Marie Poiré et Christian Clavier, ont fait un autre choix. C'est là que l'affaire devient plus gênante. Pour M. Poiré, il s'agit «d'un grand film d'aventure, un film fantastique et l'histoire de notre pays». Pour M. Clavier, il y a même une vision de l'histoire assumée «L'image d'Epinal, la tentative d'exhaustivité, la manichéisme, ce n'est pas pour moi. L'étude historique est passionnante». Et tout cela l'amène à dire de Robespierre sur lequel il aurait beaucoup lu: «Je le déteste. Il a dévoyé les idées de la Révolution, ce moment de liberté, de mutations. Les puissants et les faibles, les pauvres et les riches, les femmes et les hommes, les blancs et les noirs, l'ordre était bouleversé. Mais il a conceptualisé le terme de Terreur sur ce terreau de libertés nouvelles. Un véritable ayatollah!» On est confondu par tant de poncifs antirobespierristes. Les libertés nouvelles? C'est à dire l'égalité entre les citoyens, la Déclaration des Droits de l'Homme, l'abolition de l'esclavage, l'émancipation des juifs et des comédiens (!), le suffrage universel, une Constitution, la promotion au mérite, le partage des richesses, etc… furent précisément les grands combats de Maximilien de Robespierre. Il les mena dans des conditions extrêmement difficiles de guerre civile et invasions menées par des armées étrangères contre la jeune République, sans oublier le crime et la corruption qui triomphaient dans beaucoup d'endroits. Traiter «d'ayatollah» Robespierre est également une belle sottise puisqu'il fut celui justement qui permis la liberté de conscience et l'avancée vers un pouvoir politique laïque. Tout cela, «l'Incorruptible» n'en fut pas le seul artisan, mais indiscutablement le plus déterminé. A tel point, qu'une fois qu'il fut exécuté après un lâche complot, tous les historiens s'accordent pour dire que la marche de la Révolution s'arrêta net, et même hélas recula.

Ce n'est donc pas seulement une grosse farce qui nous est proposée avec Les Visiteurs 3, mais un regard idéologique et politique particulier sur la Révolution Française. C'est celui qui empile toutes les caricatures puisées de la «légende noire antirobespierriste» et les clichés contre-révolutionnaires contre les dirigeants jacobins. A l'écran, ils tous des lâches et des corrompus, des minables avides de pouvoir et de vengeance cruelle. Maximilien Robespierre est présenté comme un dictateur égoïste dépourvu de la moindre humanité. Le film s'ouvre sur une vision hallucinée où une magicienne annonce «An de grâce 1793. C'est une époque d'effroi. Tout est bouleversé. On ne croit plus en Dieu et les nobles seigneurs perdent leurs châteaux et sont suppliciés. Les gueux ont conquis leur liberté. Le Roi Louis Capet le 16ème est accusé de trahison (..) Son ennemi Maximilien de Robespierre est implacable. Il gouverne par la Terreur. On le surnomme l'Incorruptible. Il dirige tout de l'Assemblée du peuple au nom du redoutable Comité de Salut Public».

Cette vision absurde des événements sert de fil conducteur historique au récit. Le personnage de Jean-Paul Marat «l'ami du Peuple», totalement inutile au scénario d'ailleurs, n'est ici qu'un salaud qui méprise ses concitoyens et les deux seuls sans-culottes à l'écran sont l'incarnation de la mesquinerie et la veulerie face aux nouveaux puissants. Reste Charlotte Robespierre, irréprochable et défendant les principes d'égalité, de vertu et de justice dans ce chaos. Mais à son sujet, le jugement de son frère sera implacable: «ne te préoccupe plus de politique».

La farce sociale des Visiteurs 1 s'est donc transformée dans cette suite en un regard méprisant sur notre histoire révolutionnaire et notre peuple qui a seulement substitué des crapules sanguinaires aux nobles fainéants. Finalement ceux qui ont fait la Révolution, sont encore pires que ceux qu'ils ont remplacé.
A l'arrivée, le seul personnage cohérent et digne est Godefroy de Montmirail car il est habité des hautes valeurs de la Chevalerie. Drôle de retournement de situation, d'une critique de la noblesse en 1993, nous voilà passé à sa réhabilitation! Cette nostalgie rance du passé est d'un conformisme décevant.


Dernière édition par Raptortriote Ier le Ven 8 Avr - 2:09, édité 1 fois
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Re: Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

Message par Raptortriote le Ven 8 Avr - 2:07

Je m'attendais à entendre Mélenchon mais vu que c'est son porte parole c'est presque pareil.

Personnellement je trouve que le film même s'il est nul donne une bonne image de l'ambiance durant la Terreur. Dommage qu'Alexis ait juste étudié les programmes d'Histoire de l'éducation nationale et du PCF
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Re: Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

Message par Raptortriote le Sam 9 Avr - 17:53

Un avis plus de "droite" sur ce qui est montré de la Révolution. Je suis plutôt d'accord :


Jean-Christophe Buisson a vu Les Visiteurs 3 - La Révolution. Il estime que Jean-Marie Poiré et Christian Clavier ont pris le parti inédit et courageux de se saisir à bras-le-corps de cette page sombre de l'histoire de France. Sans complexe ni manichéisme :

Depuis 1870 et l'instauration de la République en France, la Révolution a plutôt bonne presse. Le mot lui-même est synonyme universel de progrès, de nécessité, d'avancée, qu'il concerne un nouveau médicament, la mécanisation des outils agricoles ou les régimes alimentaires. Politiquement, il sonne comme une promesse d'avenir radieux: même le maréchal Pétain, instituant pourtant un régime aux accents résolument contre-révolutionnaires, se sentit obligé de reprendre le terme, invitant la France à se lancer dans une «Révolution nationale». Et nous ne parlons pas d'Hitler et de sa «révolution nationale-socialiste»… Quant à l'événement lui-même, bien que Lénine, Trotski, Mao, Pol Pot et quelques autres dictateurs sanguinaires s'en fussent réclamés à corps et à cris (surtout ceux de leurs millions de victimes), il n'en garde pas moins, dans les livres d'Histoire comme dans la classe politique ou médiatique dominante, auréolé d'un prestige certain. 1789, c'est neuf, donc c'est bien.

Bien sûr, une école de pensée contre-révolutionnaire qui va de Louis de Bonald à Charles Maurras s'est attelée, depuis deux siècles, à insister sur ses noirs aspects et ses fâcheuses conséquences. Mais la somme de ses réussites (droit de vote, Droits de l'Homme, abolition de l'esclavage, établissement d'une Constitution, création d'une Assemblée nationale, émancipation des Juifs, liberté de la presse, etc.) est jugée supérieure à celle de ses désagréments (guerre civile en Vendée, guerre contre la moitié de l'Europe, destruction des communautés traditionnelles, confiscation ou destruction des biens du clergé, loi Le Chapelier interdisant les regroupements professionnels et la grève, etc.). Cette vision globalement positive de la Révolution a conduit les cinéastes à la représenter, à de rares exceptions près (le sublime Le Duc et l'Anglaise, d'Eric Rohmer) de manière globalement positive. La Bastille vidée plutôt que les prisons remplies. La joie illuminant le visage des paysans libérés du servage plutôt que la grimace des propriétaires et des prêtres sur le point d'être raccourcis. Des foules qui réclament du pain plutôt que des têtes. La terrine plutôt que la Terreur.

Dans Les Visiteurs - La Révolution, Jean-Marie Poiré et Christian Clavier, coauteurs du scénario, ont pris le parti inédit et courageux de se saisir à bras-le-corps de cette page sombre de l'histoire de France. Sans manichéisme, sans faux-fuyants, sans complexe. Leur film est un divertissement qui s'appuie sur une tragédie - c'est souvent une excellente recette (voir La grande vadrouille, La Vache et le prisonnier, Monsieur Batignole, etc.). Il débute en janvier 1793 et court jusqu'à la Grande Terreur. On y voit (furtivement mais réellement) des prêtres et des nobles de tous âges emprisonnés, puis conduits à l'échafaud comme des bêtes à l'abattoir. On y voit des hommes et des femmes dont la seule ambition révolutionnaire est de s'emparer du bien des anciens possédants pour en profiter à leur tour, quitte à substituer une inégalité sociale à une autre. On y voit des bourgeois confisquer le processus révolutionnaire pour chiper la place des aristocrates. On y voit un Robespierre glaçant, sinistre, terrifiant (remarquablement interprété par Nicolas Vaude) décider, en compagnie de ses amis du Comité de Salut public réunis autour d'un bon dîner au champagne, qui, demain, méritera la mort («exterminer les ennemis», disait l'un de ses zélés membres, Couthon, annonçant par là quelques génocides futurs…). On y voit, en face, un preux chevalier du XIIe siècle pétri de valeurs qui ont pour noms courage, honneur, noblesse d'âme (Godefroy Amaury de Malefète, comte de Montmirail, d'Apremont et de Papincourt, dit le Hardi et alias Jean Reno) refuser la fatalité et préférer risquer sa vie que salir son nom en cédant, comme d'autres, à une mode égalitariste et progressiste qui est la négation de son éducation et de son statut de fidèle vassal de Louis VI le Gros. On le voit, à l'annonce de la mort de Louis XVI, se jeter à genoux et réciter le Pater Noster après avoir crié «Le Roi est mort, vive le Roi!». Pui s'échapper de prison en assommant ses gardes pour gagner Paris afin de libérer Louis XVII de sa prison du Temple et «remettre le Dauphin sur le trône». Puis s'étonner sincèrement de se retrouver face-à-face à un Noir habillé aux couleurs de la Révolution («Les Sarrasins sont parmi nous!»). Et enfin, écrasé par la puissance ennemie, décider de revenir dans son château pour le reprendre, les armes à la main, à ses nouveaux propriétaires car «si tu perds ta terre, tu perds ton âme».

Autant de scènes et de formules qui, bien sûr, font hurler les si prévisibles thuriféraires habituels de Robespierre et de la Terreur. Ils trouvent bien entendu ce film «réactionnaire». Quitte à oublier la somme considérable de saynètes du film ridiculisant (donc dénonçant) aussi les familles d'Ancien Régime engoncés dans leurs rites et leurs mentalités parfois détestables. Mais pour ces gens-là, sur ce sujet-là, il ne saurait être question d'objectivité, de neutralité, d'honnêteté intellectuelle, d'équilibre, de mesure. Leurs slogans n'ont pas changé depuis deux siècles: pas de liberté pour les ennemis de la liberté, la vérité est révolutionnaire, etc. Montrer la Révolution sous son jour sanglant aussi, c'est forcément être suspect d'antirépublicanisme, d'antipatriotisme, de révisionnisme. Même s'il s'agit de cinéma. Même s'il s'agit de la réalité historique. Mais ils n'aiment pas la réalité. Ni celle d'hier ni celle d'aujourd'hui. C'est à cela qu'on les reconnaît.
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Re: Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

Message par Merl1 le Sam 9 Avr - 18:38

Je vais finir par regarder un screener dégueulasse avec vos conneries...
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Re: Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

Message par Raptortriote le Sam 9 Avr - 18:47

Je vous avoue que je reste surpris de la vision de la Révolution qu'on nous balance.
Limite si on analyse bien le truc ils sont passé d'un titre identifiant une période précise "Les Visiteurs : la Terreur" à un titre qui identifie toute la période "Les Visiteurs : la Révolution" pour juste l'année 1793.
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Re: Les Visiteurs 3 : une vision idéologique et réactionnaire de la Révolution

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