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GPA, prostitution, la gauche dirigiste théorise la non propriété de soi

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GPA, prostitution, la gauche dirigiste théorise la non propriété de soi

Message par Merl1 le Mer 19 Nov - 19:14

Lancasterer a écrit:


Si notre corps ne nous appartient pas, alors à qui appartient-il ?

En ces temps de débat sur l’interdiction de la gestation pour le compte d’autrui (GPA) ou de criminalisation de la prostitution, se pose très concrètement la question de la propriété du corps humain. C’est au nom de ce sentiment de propriété que les mères porteuses comme les prostituées réclament que soit reconnu leur droit d’user de leur corps comme bon leur semble.

Les prohibitionnistes se trouvent ici dans une position délicate. En effet, s’ils avouent ne pas reconnaître la propriété des individus sur leur corps ils peuvent à juste titre être accusés d’esclavage. Car si notre corps ne nous appartient pas, alors à qui appartient-il ? À un autre groupe humain ? À tous les autres êtres humains ? À personne ? À l’État ? À la sécurité sociale ? Aux représentants éclairés de La bonne morale ? En tenant compte du fait que la nature a horreur du vide, chacune de ces hypothèses aboutit inévitablement à la mise en coupe réglée d’une partie de l’humanité au détriment d’une autre.

Voilà qui est un peu gênant pour des prohibitionnistes qui prétendent lutter contre « toutes les discriminations » et notamment contre « l’asservissement des femmes » tout en les empêchant d’utiliser leur corps comme elles l’entendent et comme la nature le leur permet. Les ligues de vertu socialistes – bien obligées – ont donc inventé autre chose.

Agacinski, théoricienne de la cause prohibitionniste

Comme Mme Najat Vallaud-Belkacem, bras armé de la cause hygiéno-dirigiste, a beaucoup de mal à tenir un raisonnement cohérent en la matière, c’est à Sylviane Agacinski, fonctionnaire-philosophe et féministe auto-proclamée, qu’a échu la tâche de trouver des arguments théoriques en faveur des prohibitionnistes. Il fallait en effet bâtir une idéologie qui puisse résister aux accusations d’esclavage portées par d’odieux libéraux, manifestement stipendiés par le grand capital et les réseaux mafieux. C’est donc cette dernière, pourtant sensiblement moins glamour que son alliée du gouvernement, qui s’est chargée de communiquer cette Vérité censée vous révéler toute la profondeur de l’idéologie crypto-puritaine : « On n’est pas propriétaire de son corps, on « est » son corps ».

Brrr, c’est tellement profond, on en frissonne. Enfin, pas très longtemps si on se donne la peine d’analyser le concept.

Car la séparation entre le corps d’une part et la raison et la volonté d’autre part est une donnée fondamentale de la nature humaine. C’est même ce qui permet de distinguer les humains des animaux. Si un animal « est » son corps, c’est parce qu’il n’est pas capable d’agir autrement que ce que son instinct lui dicte. L’homme, lui, possède une volonté, c’est à dire qu’il est libre d’exercer ou non sa faculté de raisonnement et de l’appliquer au monde qui l’entoure. Cette possibilité s’applique également à son corps. Les être humains peuvent donc exercer leur raison sur leur corps, ils peuvent décider de l’utilisation qu’il vont en faire, ils peuvent le soigner, ils peuvent aussi en abuser et le détruire. C’est cela qui les rend propriétaires de leur corps. C’est la définition même de la propriété.

Mais plutôt que de continuer à argumenter sur ce fait de nature qu’est la propriété des êtres humains sur leur corps, il est plus intéressant dans le cas qui nous occupe de montrer à quel point l’affirmation de Mme Agacinski est contraire à la plus élémentaire logique.

En effet la philosophe se rend ici coupable d’un « vol de concept » c’est à dire qu’elle est obligée de se servir du concept qu’elle veut réfuter. Le plus célèbre et le plus simple des « vols de concept » nous est fourni par la phrase de Proudhon : « la propriété c’est le vol ». Pour définir le vol, il faut définir la propriété donc il faut obligatoirement en reconnaître le concept. Une proposition qui doit faire appel à tout ou partie de ce qu’elle prétend réfuter pour arriver à ses fins n’a évidemment aucune validité.

Une affirmation contraire à la plus élémentaire logique

Ce qui est frappant avec la formule « On n’est pas propriétaire de son corps, on « est » son corps. » c’est que son auteur édicte une proposition qui, retranscrite par écrit, pourra être consultée après sa mort, c’est à dire après la disparition de son corps. Si un raisonnement, une affirmation, une découverte scientifique ou un calcul mathématique sont susceptibles d’être transmis à autrui et aux générations futures, c’est clairement qu’ils sont indépendants de chaque corps. L’écriture au sens large, est la plus parfaite manifestation du fait que nous ne sommes pas notre corps. C’est sous l’effet de notre volonté que nous produisons un texte qui est une affirmation claire de l’indépendance de notre esprit puisqu’il est destiné à être lu et compris par d’autres. Donc le simple fait d’écrire la formule pour la transmettre à autrui la contredit.

Mme Agacinski a écrit plusieurs ouvrages. Vont-ils magiquement disparaître à sa mort ? A-t-elle pris des dispositions pour que les droits d’auteur qui en résultent ne soient plus versés à quiconque après sa disparition ? Voilà qui serait conforme à sa « philosophie » mais on peut en douter d’autant que dans une interview au journal Elle du 28.10.2013, elle cite le véritable auteur de la formule « je suis mon corps », à savoir le philosophe Maurice Merleau-Ponty, mort en 1961 mais dont elle ne craint pas de reprendre les idées.

Lorsque Sylviane Agacinsky signe dans Le Monde du 29.6.2014 son pamphlet « Refusons le commerce des ventres » qui reprend tous les poncifs prohibitionnistes, pourquoi n’en tire t-elle pas la conclusion qu’il faut aussi refuser le commerce des cerveaux qui pensent, et des mains qui écrivent ? Si on « est son corps » pourquoi Mme Agacinsky s’autorise-t-elle à aliéner les services que lui rendent ses organes tout en refusant cette faculté à d’autres ? Après tout, elle pourrait garder ses pensées pour elle au lieu de les vendre, pardon, de les « marchandiser ».

Prohibitionnisme et anticapitalisme

Rétrograde et puritaine, la position des prohibitionnistes socialistes est pourtant relativement cohérente dans son absurdité. En effet, reconnaître la propriété des êtres humains sur leur corps a toute une série de conséquences que les partisans de la vieille gauche marxiste ne sont pas prêts d’admettre.

Si les individus sont les uniques propriétaires de leur propre corps, ils ont le droit d’en user comme bon leur semble. Ils peuvent notamment louer leur force de travail ou, plus généralement, aliéner les services que leur corps peut fournir sous le contrôle de leur volonté (inaliénable) pour acquérir des biens ou d’autres services. Les acquéreurs de ces services, le couple homosexuel qui rémunère la gestation d’un enfant, le client de prostitué(e) qui paye un acte sexuel, le patient qui paye un acte médical, mais aussi le capitaliste qui achète le travail de l’ouvrier, ne commettent aucun délit, c’est à dire que leur nature d’êtres humains libres leur permet de réaliser ces transactions sans violer le droit naturel de leurs semblables.

On voit là clairement apparaître l’incohérence de tous ceux qui, à gauche comme à droite, ne défendent pas, simultanément et complètement, tous ces droits.

Si on voit dans le capitalisme une injustice fondamentale, une marchandisation du corps humain, il ne faut défendre ni la GPA ni la prostitution ; c’est l’incohérence des socialistes pro-GPA.

À l’inverse si on n’est pas prêt à admettre la propriété pleine et entière des êtres humains sur leurs corps donc la GPA et la prostitution, alors on donne des armes aux ennemis de l’économie de marché ; c’est l’incohérence des libéraux conservateurs.

http://www.contrepoints.org/2014/11/19/188687-gpa-prostitution-la-gauche-dirigiste-theorise-la-non-propriete-de-soi?utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook
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